L’orientation en France, ce qui est fait à un tiers

Je vous propose ici l’histoire d’un projet, qui partant du test d’un prompt aboutit à un document fleuve.

Un simple test ?

Ce projet n’a pas commencé comme un livre. Il a commencé par une petite vérification technique, presque un essai de plomberie. J’avais mis au point, et publié sur ce site, un Prompt testeur : un prompt qui ne fait aucune analyse par lui-même, mais qui examine un document soumis, recueille auprès de moi les repères que je suis seul à pouvoir donner, puis propose un mode d’écriture et un enchaînement d’outils. La question que je voulais trancher était modeste : un prompt hébergé sur mon site pouvait-il être chargé et utilisé sans friction par Claude, par simple renvoi à son adresse, sans que j’aie à le téléverser ni à le recopier ? La réponse fut oui, et plus nette que je ne l’espérais. C’est de ce oui qu’est sortie toute la suite. Pour une présentation plus développée de ce prompt-testeur voir la page consacrée à ce sujet. https://bdesclaux.com/mes-prompts-ii/#le-prompt-testeur-entree-privilegiee-pour-un-nouveau-projet

Première bifurcation : le test produit une analyse

Pour éprouver l’outil, il fallait de vrais documents. J’ai soumis ceux que j’avais sous la main et qui m’occupaient déjà : le dossier de presse du Plan Avenir de 2025, celui du Plan Emploi Futur de 2026, et le rapport de la Cour des comptes de 2023 sur la formation professionnelle. Le testeur a fait son travail, et au terme de son diagnostic il a recommandé un mode dominant : l’analyse de discours, celle qui s’intéresse à l’emprise du langage sur la fabrication des objets publics. À ce moment, l’exercice de vérification s’est retourné : je ne testais plus un prompt sur des textes, je commençais à analyser ces textes. L’outil avait fait son office en s’effaçant derrière ce qu’il avait déclenché.

Deuxième bifurcation : l’outil convoque un cadre

Une analyse de discours menée sérieusement ne reste pas longtemps sans cadre. Le mien existait déjà, issu de mes travaux antérieurs : la lecture des discours d’orientation par trois pôles, la décision institutionnelle, l’agentivité de la personne, les dispositifs médiateurs. Appliqué aux trois documents, ce cadre a cessé d’être un schéma d’exposition pour devenir une grille de test : que dit le premier pôle, sur quoi laisse-t-il le deuxième, quelle charge transfère-t-il sur le troisième ? De cette interrogation répétée sont sortis les premiers opérateurs récurrents, puis les premières formules qui condensaient un régime politique. Ce qui devait éprouver un instrument était devenu une enquête sur son objet.

Troisième bifurcation : l’enquête déborde l’essai

L’enquête, une fois lancée, n’a pas tenu dans le format que j’avais en tête. Les trois documents contemporains renvoyaient à une histoire longue, et la même structure se retrouvait, intacte, d’une réforme à l’autre. Il a fallu remonter, et l’arc temporel s’est étendu jusqu’à couvrir plus de soixante années, de 1959 à 2026. Ce qui devait être un essai bref est devenu un livre complet : quinze chapitres, un avant-propos, une introduction et une conclusion générales, une annexe. La thèse s’est, elle aussi, précisée en chemin : non pas reprendre la seule question des critères du tri, mais examiner la structure même par laquelle l’orientation est ce qu’un tiers fait à la personne concernée.

Quatrième bifurcation : il a fallu un dispositif

Un livre de cette ampleur, écrit en collaboration et sur la durée, ne se tient pas par la seule mémoire de l’auteur. Il a fallu construire ce qui le garderait cohérent avec lui-même d’une session à l’autre : la mémoire courante du système, qui conserve l’état actif du travail ; un vade-mecum d’audit, document explicite où se cumulent les conventions et les arbitrages ; une couche d’autosurveillance qui interroge en continu les dates, les noms propres et les dénominations officielles. À partir de l’audit du premier chapitre, une séquence stable s’est installée en quatre temps : lecture intégrale, rapport d’audit, arbitrages de ma part, réécriture intégrée. Cette discipline, et la conversion progressive de l’ensemble aux normes académiques, ont fait du livre un objet vérifiable autant qu’un texte.

Où le projet en est aujourd’hui

Le volume du livre a très vite débordé des normes éditoriales, plus de 800 pages avec les appareils éditoriaux habituels, index et table des matières. D’où une décision de rédiger un essai à partir de ce matériel. Ainsi ce travail existe désormais sous deux formes. La première est le livre-document complet, numérique, qui déploie l’analyse dans toute son ampleur, que je mets à disposition ici. La seconde est un essai d’environ deux cent cinquante pages, dérivé du premier et destiné à la publication imprimée. À côté de l’ouvrage lui-même, une annexe consacrée au processus de production documente la manière dont tout cela s’est fait, parce qu’un projet né d’un test d’outil méritait que sa fabrique soit, elle aussi, rendue lisible. Cette page présente ces objets ensemble : le livre et son annexe. L’essai qui en est issu attend un éditeur.

La non-politique française de l’orientation. Document de travail et appareil analytique intégral (1959-2026)

Annexe : Sur le processus de collaboration analytique avec Claude