Glossaire

Définitions des concepts clés utilisés dans ce carnet

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Accompagnement

Processus dans lequel un adulte (psychologue, conseiller, enseignant) « aide » un élève à construire son projet d’orientation. Terme neutre qui cache souvent un processus de tri : l’accompagnement « oriente » discrètement l’élève vers la filière correspondant à son « niveau » ou sa catégorie sociale.

Voir : Du choix individuel à la répartition sociale

Auto-renforcement circulaire (ou feedback loop)

Mécanisme où chaque dimension d’un verrou renforce les autres. Exemple : l’histoire rend invisible le cognitif (on oublie qu’on aurait pu faire autrement) → le cognitif rend acceptable le processuel (on refait chaque jour les mêmes gestes) → le processuel renforce l’institutionnel → l’institutionnel masque l’histoire. À chaque tour, le système devient plus difficile à changer.

Voir la page : Verrous systémiques

Collège

Dans ce carnet, « collège » désigne le premier cycle secondaire (4 ou 5 ans après l’école primaire). Le vocabulaire varie selon les pays : collège (France), Mittelschule (Allemagne), secondaria (Italie), etc.

Collège unique (France spécifiquement)

Réforme française de 1975 : abolition de la sélection à l’entrée du collège. Tous les élèves français suivent le même cursus au collège, sans division en filières « fortes » et « faibles ». Philosophie officielle : égalité des chances pour tous.

Contradiction : bien que les élèves soient dans le même collège, le tri social s’opère masqué (par la notation, le « conseil de classe », les redoublements, l’orientation).

Voir : Affichage d’égalité, réalité de tri

Curriculum caché (hidden curriculum)

Ce que l’école enseigne réellement aux élèves, au-delà des contenus officiels. Normes, dispositions, attitudes, hiérarchies apprises implicitement. Exemple : l’école enseigne officiellement « la démocratie » mais enseigne implicitement l’obéissance, la compétition, la docilité.

Voir : Le concept de curriculum caché

Dépendance au sentier (path dependence)

Concept économique : une fois qu’on a fait un choix (construit une institution, adopté une technologie), il devient progressivement plus difficile de revenir en arrière, parce qu’on a investi dedans.

Exemple : la France a choisi d’évaluer les élèves par des notes numérotées (1-20) en 1960. Maintenant, tous les systèmes informatiques (Pronote, AFFELNET, etc.), les pratiques d’enseignants, les attentes des parents sont construites autour de ce système. Très difficile d’en sortir, même si on le voudrait.

Voir la page : La métaphore du verrou

Dimension (d’un verrou systémique)

Les quatre dimensions qui structurent tout verrou :

1. Historique : comment s’est construit le système au fil du temps

2. Institutionnelle : comment il s’est cristallisé en structures,    lois, technologies, organisations

3. Processuelle : comment il se reproduit chaque jour à travers des    millions de micro-décisions

4. Cognitive : les oublis, naturalisations, idéologies qui le rendent    invisible ou inévitable

Voir la page : Verrous systémiques

Filiarisation

Processus par lequel l’école divise les élèves dans des filières différentes (générale, technologique, professionnelle), hiérarchisées socialement.

En France, elle est officiellement interdite au collège unique, mais elle s’opère masquée (par l’orientation en classe de 3e, puis au lycée).

Lock-in (vs verrou)

Terme anglais pour « verrou » mais qui insiste sur le processus d’emprisonnement plutôt que sur l’objet. Importante distinction : en anglais, on pense le problème comme un processus qui nous enferme progressivement.

En français, « verrou » peut évoquer un objet statique qu’on pourrait enlever.

Voir : La métaphore du verrou en théorie du changement

Masquage / Dépolitisation

Processus par lequel des choix politiques réels deviennent invisibles ou apparaissent comme « techniques » ou « inévitables ».

Exemple : la décision d’évaluer par des notes est un choix politique (comment reconnaître le travail ?). Mais elle est devenue si naturalisée qu’on la voit comme une « évidence technique », pas comme un choix qu’on pourrait remettre en question.

Notation

Système français d’évaluation par notes numérotées (0-20 ou similaire).

Apparemment « objective » mais masque en réalité des jugements subjectifs des enseignants. Utilisée pour :

– Évaluer (mais les critères ne sont pas explicites)

– Comparer (hiérarchiser les élèves)

– Orienter (utiliser les notes pour justifier une orientation en filière   moins valorisée)

Voir : La note comme technologie de preuve

Orientation scolaire

Processus par lequel on décide vers quelle filière/établissement/métier oriente un élève. En France : décision officiellement « de l’élève et sa famille », mais en réalité très largement déterminée par le « conseil de classe » (enseignants + direction) qui se base sur les notes et sur des critères implicites.

Réversibilité difficile

Caractéristique d’un verrou : impossible à défaire en agissant sur une seule dimension. Changer la loi sans changer la technologie échoue.

Transformer les idées sans transformer les structures échoue. Pour vraiment « desserrer » un verrou, il faut intervenir simultanément sur tous les fronts, ce qui est rarement réalisable politiquement.

Voir la page : Verrous systémiques

Tri social

Processus par lequel le système éducatif range les élèves selon leurs capacités supposées (ou réelles), et les oriente vers des filières hiérarchisées. Effet : les enfants des classes aisées vont vers les filières prestigieuses, les enfants des classes populaires vers les filières moins valorisées. Reproduit les inégalités sociales.

Verrou systémique

Situation où un système s’auto-renforce dans quatre dimensions à la fois (historique, institutionnelle, processuelle, cognitive), rendant très difficile toute transformation. Caractérisé par : structure multidimensionnelle, auto-renforcement circulaire, masquage et dépolitisation, réversibilité difficile, nécessité d’intervenir simultanément sur tous les fronts.

Voir la page : Les verrous systémiques