Production de dix posts en collaboration avec Claude
Bernard Desclaux & Claude (Anthropic)
Mars 2026
Introduction : un projet éditorial
Durant l’hiver 2026, suite à des recherches personnelles dans le cadre du CICUR, je me suis lancé dans la rédaction d’une série de posts consacrée à un objet perçu comme évident : la note scolaire. Dix textes ont ainsi été produits, publiés sur son blog Educpros. Je me propose de décrire comment ces posts ont été élaborés et quelle forme de collaboration s’est développée entre moi et Claude, le modèle de langage d’Anthropic que j’utilise régulièrement.
1. Une série de dix posts sur la notation
1.1 L’arc narratif
La série ne constitue pas un simple catalogue thématique. Elle est construite comme une progression argumentative : partir de la question la plus immédiate (à quoi sert une note ?) pour remonter vers les déterminants historiques, institutionnels et politiques qui font de la notation un instrument de pouvoir. Chaque post s’appuie sur des sources documentées et prolonge le précédent.
1.2 Les dix titres
Post 1 — À quoi sert vraiment une note scolaire ? La question fondatrice : la note mesure-t-elle ce qu’elle prétend mesurer, ou remplit-elle d’autres fonctions ? https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2026/01/24/a-quoi-sert-vraiment-une-note-scolaire/
Post 2 — Quand tout se jouait aux compositions trimestrielles Retour sur la forme classique de la notation, ses rituels et sa logique de classement. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2026/01/27/quand-tout-se-jouait-aux-compositions-trimestrielles/
Post 3 — 1969 : quand l’évaluation a phagocyté la classe L’année charnière où l’évaluation a absorbé le temps scolaire et transformé la relation pédagogique. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2026/01/29/1969-quand-levaluation-a-phagocyte-la-classe/
Post 4 — Le conseil de classe, théâtre du pouvoir décisionnel Comment la note fabrique du jugement institutionnel et délègue aux chiffres des décisions qui sont politiques. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2026/02/05/le-conseil-de-classe-theatre-du-pouvoir-decisionnel/
Post 5 — Du contrôle continu aux algorithmes : la note comme matière première du tri La transformation de la note en donnée numérique au service des dispositifs d’orientation algorithmique. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2026/02/10/du-controle-continu-aux-algorithmes-la-note-comme-matiere-premiere-du-tri/
Post 6 — La note : ce qu’elle cache et ce qu’elle révèle Lecture croisée : ce que la note dit de l’élève, et ce qu’elle dissimule du système. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2026/02/13/la-note-ce-quelle-cache-et-ce-quelle-revele/
Post 7 — La forme scolaire française, l’autorité et la tentation de la note sommative La note comme symptôme d’une forme scolaire historiquement constituée, indissociable de l’autorité magistrale. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2026/02/18/la-forme-scolaire-francaise-lautorite-et-la-tentation-de-la-note-sommative/
Post 8 — Docimologie : l’attaque frontale contre le pouvoir enseignant Comment la science de l’évaluation a mis en cause la fiabilité de la notation et les résistances que cela a suscitées. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2026/02/24/docimologie-lattaque-frontale-contre-le-pouvoir-enseignant/
Post 9 — De la certification au tri : comment l’évaluation a basculé Le glissement historique de la certification comme reconnaissance vers l’évaluation comme outil de sélection. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2026/02/27/de-la-certification-au-tri-comment-levaluation-a-bascule/
Post 10 — La note : trois questions politiques jamais posées Post conclusif : les impensés politiques du système de notation — massification, mensonge pieux, et codification du tri. https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2026/03/05/la-note-trois-questions-politiques-jamais-posees/
2. Le processus de production
2.1 Le point de départ : des textes sources
Chaque post a été produit à partir de matériaux préexistants : articles que j’avais déjà rédigés, des notes de recherche, des références bibliographiques, des extraits de travaux antérieurs. Claude n’a pas été invité à « écrire sur un sujet », mais à travailler un matériau existant, à le restructurer, le densifier, et le soumettre à un regard critique.
2.2 Un style codifié : le « Style post Desclaux »
Les productions de Claude sont techniquement correctes mais ne correspondent pas à ma manière d’écrire. C’est pourquoi j’utilise un prompt régulièrement essayer de faire écrire Claude à ma manière. Ce prompt avait été élaboré par Claude à ma demande, il y a plusieurs mois à partir d’un corpus de mes posts des années passées. Ce guide définit :
- une typologique par longueur : articles courts (1 500–2 500 mots), moyens (2 500–4 000 mots), longs (4 000–6 000+ mots)
- une architecture fixe : introduction de 55–60 mots en un seul paragraphe, développement sectionné, conclusion, notes de fin numérotées, interpellation finale du lecteur
- un registre stylistique : analytique et rigoureux, jamais polémique, accessible sans simplification excessive, ancré dans des sources vérifiées
- des contraintes de transformation : élimination des résumés et abstracts, restructuration avec sous-titres descriptifs, densification de l’introduction
2.3 L’itération critique comme méthode
Le processus de production n’a pas été linéaire. Pour chaque post, plusieurs cycles ont été nécessaires :
- Première version : Claude produit un texte à partir des sources fournies et du guide de style.
- Lecture critique : J’ identifie les points faibles — approximations, ellipses argumentatives, tons inadéquats, raccourcis logiques.
- Réécriture ciblée : Claude reprend des passages précis, en tenant compte des objections formulées.
- Consolidation : Je fais les ajustements fins, vérification des notes, relecture globale de la cohérence de la série.
Cette itération n’est pas de la correction au sens éditorial classique. Elle relève d’une conversation intellectuelle : je soumets un raisonnement au regard de Claude, qui le reformule ; Claude propose une structure, que je soumets à ma connaissance du terrain. Au fond, on s’éprouve mutuellement. La relation ressemble à une conversation argumentative.
2.4 Le cas particulier du post 10
Le dixième post — La note : trois questions politiques jamais posées — a donné lieu à un travail d’un type particulier. La version publiée comportait des ellipses argumentatives que j’avais identifiées sans pouvoir les formuler entièrement. Claude a été sollicité pour rendre explicites les chaînes causales implicites : notamment, la mécanique par laquelle la massification du baccalauréat n’a pas supprimé la sélection, mais l’a déplacée à l’intérieur même de la réussite, via la hiérarchie entre filières générales, technologiques et professionnelles.
Ce travail a mis en évidence un concept central de la série : celui de mensonge pieux : le système maintient une apparence égalitaire tout en reproduisant structurellement la hiérarchie.
3. Une collaboration asymétrique mais complémentaire
3.1 Ce que j’apporte (en toute modestie)
- Une expertise de fond : quarante ans d’analyse du système éducatif et d’orientation français
- La sélection et la qualification des sources. Claude ne sait pas ce qui compte
- Le jugement sur la justesse des formulations. Je repère ce qui sonne faux, ou ce qui simplifie abusivement
- La capacité à identifier les ellipses logiques que Claude ne voit pas car il n’a pas le sens critique du terrain
- La décision finale sur chaque texte publié. J’ai apporté parfois des modifications au moment de la publication sur le blog
3.2 Ce que Claude apporte
- La vitesse de reformulation et de restructuration
- La capacité à tenir la contrainte stylistique sur de nombreux posts successifs
- Un regard extérieur sur la cohérence interne d’un argument
- La mise en forme éditoriale : titres, transitions, équilibre des sections
- La faculté à rendre visible ce qui reste implicite dans un raisonnement
3.3 Ce que cette collaboration n’est pas
La série n’est pas le produit d’une IA instruite à « écrire sur la notation ». Claude n’a aucune connaissance préalable des arbitrages politiques de l’Éducation nationale des années 1980, de la sociologie des filières du baccalauréat, ni des débats docimologiques. Ces savoirs viennent entièrement de ce que j’apporte par mes connaissances, réflexions ou recherches. Claude est un outil d’articulation et de mise en forme, pas une source de contenu.
La collaboration exclut également toute délégation du jugement critique. Chaque post a été relu et validé par mes soins, et j’assume seul la responsabilité intellectuelle des textes publiés.
4. Ce que cette expérience enseigne
4.1 La nécessité d’un guide de style
L’une des premières leçons de ce travail est qu’une collaboration humain-IA productive requiert une formalisation explicite du style attendu. Sans le guide produit par le prompt, chaque post aurait été réécrit dans le style générique des modèles de langage (correct, mais sans voix propre). Le guide est à la fois un outil de production et un outil de contrôle.
4.2 L’itération comme gage de qualité
Un seul aller-retour ne suffit jamais. La qualité des textes produits tient précisément à la répétition des cycles de relecture critique. Cette exigence est coûteuse en temps. Si les échanges avec Claude sont assez rapides, le processus de production est complexe et long. Cette collaboration elle ne réduit pas autant le travail qu’on pourrait le croire. Mais ce temps d’échanges garantit que le résultat correspond réellement à la pensée de l’auteur.
4.3 La transparence comme impératif
Le présent site est construit sur le principe de transparence du processus. Documenter comment ces posts ont été produits fait partie intégrante du projet : non pas pour légitimer l’usage de l’IA, mais pour permettre au lecteur d’évaluer ce qu’il lit en connaissance de cause.
Conclusion
Dix posts, une série cohérente, un processus documenté. Ma collaboration avec Claude sur cette série illustre ce que peut être un dialogue itératif humain-IA rigoureux : ni délégation, ni simple assistance, mais une forme de travail conjoint où l’expertise humaine reste l’autorité et où l’IA sert d’interlocuteur exigeant pour la mise en forme de cette expertise.
